Le 11 février 1992

Le Beaurepaire dont je me souviens, au milieu des années 1920, était la zone comprise entre les avenues St-Louis, Fieldfare et Woodland et s’étendait du lac jusqu’à la voie ferrée. La ferme Angell se trouvait à l’ouest et la ferme Legault, à l’est.

À l’époque, l’avenue Woodland était la seule voie asphaltée, en plus bien sûr du boulevard Beaconsfield, qui était l’Autoroute 17. L’avenue Fieldfare avait un trottoir de bois du côté ouest uniquement. Il y avait un magasin général tenu par les Cunningham à l’angle de l’avenue St-Louis et du boulevard  Beaconsfield et le petit kiosque de Mme Holden entre les avenues Fieldfare et Woodland. C’était là notre magasin de bonbons. Le shérif Beaton veillait au respect de la loi et de l’ordre. Le lait était livré à notre porte par Eric Angell. Le boucher et épicier, M. Déry de Pointe Claire, venait prendre notre commande chaque semaine. Trois jours plus tard, il se présentait avec la marchandise et prenait une autre commande pour la semaine suivante.

Nous, les Baburek, n’étions résidents de Beaurepaire que durant l’été. La plage se trouvait au pied de l’avenue St-Louis et nous nous y rendions tous à pied, vêtus de notre maillot de bain et d’un peignoir de plage. Dans la soirée, on pouvait voir des gens qui marchaient jusqu’au lac pour aller prendre leur bain, une serviette au bras et un savon à la main. La fin de semaine, la plage était bondée de visiteurs.

Il y avait aussi des événements spéciaux à Beaurepaire. Je me souviens entre autres d’une régate dirigée par Eddie Beaupré. Ma sœur, Rose, a remporté un prix à cette occasion. On organisait aussi des parties de fraises juste à temps pour l’arrivée des gens de la ville. Des concerts improvisés se tenaient une fois par semaine à l’angle de l’avenue St-Louis et de la rue Church. L’écran et le projecteur étaient prêtés par les clubs Rotary, Lions et Kiwanis. Je me rappelle qu’un soir, on a réussi à persuader Percy Culmer de chanter sa chanson favorite, Moonlight and Roses.

Le mois d’août était le mois des framboises. Les vendeurs et les Kovacs donnaient 5 cents aux enfants pour chaque pinte de framboises cueillies.

Nous allions aussi à l’école du dimanche, à l’angle de la rue Church et de l’avenue Fieldfare. Notre enseignant était M. Ernest King. Dans ma classe, il y avait Peggy (King) Hammond, Mabel (Platts) Hall, Eleanor (Wilson) Dennis, Roberta Angell et d’autres élèves. Une année, notre pique-nique de l’école du dimanche a eu lieu à la ferme de Buddy Scott à Baie d’Urfé. Les enfants ont été transportés en camion et les parents se sont rendus en voiture.

À la fin des années 1930, notre maison a été louée à l’année. Nous n’y sommes donc pas retournés quand j’étais enfant, mais en 1942, j’y suis retournée en tant qu’épouse de George Greig. À cause de la guerre, de la pénurie de logements et des temps incertains, cela ne devait être que temporaire.

Dans les années 1940, nos enfants allaient encore à la petite école de deux classes qui était située sur l’avenue Fieldfare – les élèves de première et de deuxième années étaient dans une classe, et ceux de troisième et de quatrième années, dans l’autre. Deux autobus privés transportaient les autres enfants à l’école de Pointe-Claire. L’été, durant les jours de semaine, l’un de ces autobus et un chauffeur étaient réservés pour un pique-nique communautaire organisé soit au Cap St-Jacques, soit à la plage de l’Île Bizard.

Chaque après-midi durant la semaine, on voyait de jeunes mères pousser leurs carrosses jusqu’au bureau de poste – maison privée de M. Carrière, sur l’avenue Woodland – pour aller chercher leur courrier. Les appels téléphoniques faits à Montréal étaient encore des interurbains. Certaines de ces mères se sont jointes à l’Association des femmes de l’Église unie. La préparation du bazar annuel nous gardait occupées. Nous y avons monté une chorale et une troupe de théâtre. Cette troupe, créée et dirigée par Moira Millington, a existé pendant plusieurs années.

Je me suis rendu compte un jour qu’il fallait mettre sur pied une bibliothèque. J’ai alors téléphoné à quelques femmes – Kay Betts, Edna Whittall et d’autres – et nous avons tenu une réunion pour voir ce qui pouvait être fait. Nous avons commencé par faire le tour de la communauté pour recueillir des livres. J’ai communiqué avec la personne responsable de la bibliothèque de Westmount – qui est venue assister à notre réunion suivante – pour faire le tri des livres jugés acceptables. Le concierge de l’école nous a donné une étagère dans son armoire pour entreposer les livres. Une fois par semaine, les enfants venaient faire la queue et les mères leur donnaient tour à tour leurs livres favoris.

Dans les années 1950, les fermes ont été vendues puis développées. De nouveaux résidents sont arrivés rapidement. Nombre d’organisations ont alors été créées, dont les scouts et les guides.