À l’hiver 1978, lors d’une ballade du dimanche après-midi, nous avons eu un coup de cœur pour une maison qui était à vendre à Beaconsfield… et au mois de juin suivant, nous en sommes devenus les heureux propriétaires! Nous le sommes toujours. Nous sommes tombés spontanément en amour, non seulement avec la maison, mais aussi avec les beaux arbres matures et le lac Saint-Louis.

En août 1979, je fus embauchée à la bibliothèque de Beaconsfield. Mon deuxième rêve se réalisait. J’y ai découvert une communauté engagée, composée de gens attachants et cultivés. Plusieurs dames bénévoles, encadrées par le personnel, y travaillaient, soit au prêt, soit à la préparation matérielle des nouveaux documents ou à la réparation des ouvrages abîmés, soit en secondant les responsables dans l’organisation des activités, telles des animations de livres et des conférences.

C’est à ce moment-là que j’ai fait la connaissance de Marguerite Beaudet, dite Madame Beaurepaire, qui a œuvré bénévolement à la bibliothèque durant trente-deux ans. Pourquoi ce surnom, me direz-vous? Voici ce qu’elle m’a raconté et que je retranscris en résumant des extraits tirés de Beaconsfield et Beaurepaire, de Robert L. Baird et Gisèle Hall, publié en 1998.

Lorsque le courrier fut distribué aux maisons en 1957, un avis fut envoyé, par le maître de poste, à tous les résidants, leur précisant qu’il n’était plus nécessaire d’écrire Beaurepaire sur leur courrier. « Tout courrier devait dorénavant être adressé à Beaconsfield, Québec. » Marguerite, résidante de l’avenue Fieldfare, « fière de Beaurepaire et de ses ancêtres » fut tellement insultée qu’elle recueillit 300 noms pour une pétition qu’elle présenta au conseil municipal de Beaconsfield où elle plaida en faveur du maintien du nom. Le conseil la supporta. Peu de temps après, une autre lettre fut envoyée aux résidants :

«Toute la question a été révisée et le ministre des Postes, William Hamilton, nous a avisés que l’adresse conforme pour votre courrier est « Beaurepaire, Québec ». Aucun autre nom de lieu ou de désignation n’est requis. »

Les yeux de Madame Beaurepaire pétillaient. Elle était tellement fière d’avoir sauvé Beaurepaire de l’oubli. Marguerite nous a quittés, mais elle vit toujours dans nos mémoires et dans nos cœurs. Je l’ai même invitée à se joindre à la fête du 4 juin prochain dans le village de Beaurepaire. J’attends sa réponse!

Rédigé par N. Tremblay
Traduction: M. Janis
Photo: Mme Beaudet, Bibliothèque, 1982

Source: Beaconsfield and et Beaurepaire, R.L. Baird and et G.Hall, 1998